Fred, Le grand. L’élégant. Et l’amoureux des chats. Celui qui racontait des histoires improbables, pleines de bon rire, de nuits qui finissaient trop tard et de souvenirs d’un Paris qui, selon toi, était toujours « mieux avant ». Et au fond… pour moi, Paris, c’est un peu toi : ton humour pétillant, et ton argot légendaire. Toujours quelque chose à raconter. De ton enfance quand, en Suisse, tu faisais attacher tes chaussures par les petites filles. Les visites de la maison de Charlie Chaplin, à Vevey. Et tout apparaissait comme dans le scénario d’un film : celui d’un enfant né adulte… puis devenu un adulte resté un peu enfant (mais avec un compte au Luxembourg ?). Et puis il y avait les innombrables films dont tu parlais, en disant : « Comment ça, tu ne connais pas Patrick Dewaere ? » Puis venaient le jazz, le blues, les chansons oubliées : « Attends… tu ne connais vraiment pas Jimmy Fontana ? » Et ensuite la politique, l’Histoire, les guerres, les défaites et les victoires : « Quoi ? Tu ne sais pas qui était Alfred Dreyfus ? » Et entre une discussion et l’autre, sans même qu’on s’en rende compte, à propos de l’histoire, c’est toi qui as laissé ton histoire en nous. Avec ton style intemporel, cette façon de parler et de rire que rien ne semblait pouvoir vieillir. Et aujourd’hui, une vérité nous rattrape : nous pensions que, toi aussi, tu étais intemporel. La vérité, Fred, c’est qu’on ne peut pas ajouter du temps à la vie. Mais s’il y a bien une chose que tu nous as montrée, c’est qu’on peut ajouter de la vie au temps. Une blague de plus. Une folie de plus. Une conversation de trop à deux heures du matin. Et une belle montre (à remontage manuel), soit dorée, soit argentée, mais surtout jamais les deux en même temps, c’est pas classe. (Tu nous as appris ça aussi.) Parfois, nous aimerions un miracle. Une minute de plus. Une dernière conversation. Un retour impossible. Mais peut-être que le miracle… est justement là. Dans le fait d’avoir croisé quelqu’un comme toi et dans tous ces éclats de rire qui continuent de vivre en nous. Dans cette trace invisible que tu as laissée partout : dans nos souvenirs, nos discussions, dans notre manière d’aimer la vie un peu plus librement. Parce qu’au fond, le vrai miracle n’est peut-être pas de garder les gens pour toujours. Le vrai miracle, c’est de continuer à les faire vivre à travers nous : chez Patricia, dans ta famille, chez tes nombreux amis… et chez les chats. Cher Fred, continue de rire quelque part, de planète en planète, dans ta Porsche cosmique, et entre une étoile et une autre, laisse-nous un petit signal depuis ta galaxie mythique. Alors bon voyage, Fred.
Autres messages






